Sujets spéciaux en investissement

Volet 1: La création d'indices de référence

Le rôle d'un bon indice de référence est (1) de représenter l'évolution des rendements et des risques liés à un marché ou à une catégorie de l'actif, (2) de servir d'étalon pour apprécier les performances des gestionnaires sur ce marché et (3) de constituer le support à différents produits dérivés (contrats à terme, options, swaps, etc.). L'objectif de cet axe est de proposer une méthode innovatrice de construction d'indices de référence performants tant dans les univers traditionnels qu'alternatifs.

Du côté des placements traditionnels comme les actions et les obligations, les indices couramment utilisés (S&P 500, S&P/TSX, Russel, etc...) pondèrent les titres selon leur valeur marchande ou selon leur liquidité. Cette approche est de plus en plus remise en question puisque ces indices sont moins performants que d'autres. Plus précisément, certains gestionnaires et chercheurs remettent en question l'approche traditionnelle qui accorde un poids plus élevé aux titres surévalués et qui réduit le poids des titres sous-évalués. Nous proposons dans cet axe de construire des indices plus performants à l'aide de nouveaux critères.

En ce qui concerne les placements alternatifs, les indices couramment utilisés sont peu représentatifs des rendements et des risques liés à ces investissements. Des indices plus représentatifs faciliteront la meilleure gestion du portefeuille et une saine gouvernance. En effet, cela permettra notamment à un comité de placement de mieux apprécier le risque lié à un marché, à un style du gestionnaire ou à une stratégie particulière. De plus, des indices représentatifs permettront d'identifier plus facilement les gestionnaires qui prennent des risques excessifs par rapport au mandat qui leur a été confié. Cela permettra du même coup au comité de placement d'agir plus rapidement s'il y a lieu. L'utilisation de ces indices peut aussi être faite par des autorités règlementaires pour servir de signal en cas de fraude potentielle. A titre d'exemple, un indice représentatif aurait permis d'identifier, plusieurs années avant 2008, que Bernard Madoff affichait des rendements qui étaient incompatibles avec un indice représentatif de la stratégie qu'il proclamait exécutée. De la même façon, un indice représentatif aurait permis de mettre en évidence, quelque mois avant sa faillite, que le fonds de couverture Amaranth, déviait de son approche diversifiée liée à la multistratégie.

En résumé, ce volet de recherche permettra une meilleure compréhension des rendements et des risques liés aux placements traditionnels et aux placements alternatifs. Cela permettra aussi de mieux évaluer la performance et le talent des gestionnaires de portefeuille tout en facilitant l'identification de ceux qui excèdent le niveau de risque lié à leur mandat. Finalement, pour une meilleure performance de portefeuille, de nouvelles stratégies répliquant ces indices, plus performants, pourraient être mis en place et ce, à moindre coût que la gestion active.

Volet 2: Mesures de performance

Les investisseurs institutionnels, fonds de pension, caisses de retraite, compagnies d'assurance, fondation, etc. gèrent d'importants portefeuilles sur le long terme. Pour de tels investisseurs, la première décision est de structurer leur approche globale, c'est-à-dire, à travers toutes les classes d'actifs utilisées : actions obligations, immobilier, fonds de couverture, placements privés, matières premières, etc. D'ailleurs, plusieurs études ont montré que la politique d'allocation d'actifs est la décision de gestion qui contribue le plus à la performance. Ces observations s'appliquent d'ailleurs aussi bien pour un investisseur institutionnel que pour un investisseur individuel. Toutefois, les gestionnaires de portefeuille rivalisent de nos jours dans un secteur extrêmement difficile au sein duquel plusieurs paramètres sont difficiles à contrôler. Ils doivent également répondre à plusieurs questions, telles que : Doit-on investir dans les fonds de couverture ? Peut-on répliquer le comportement des fonds de couverture ? Quelle pondération faut-il considérer pour les indices de référence ? Quelle stratégie de portefeuille doit-on considérer ? Comment gérer le risque ? Comment mesurer la performance et la survie d'un fonds d'investissement ? Quels rôles doivent jouer les produits dérivés en gestion de portefeuille ? Comment détecter les fraudes en matière de placements ?

Le domaine de la gestion de portefeuille est en constante évolution et ces problématiques ne sont que des exemples de questions auxquels doivent faire face les gestionnaires de portefeuilles et auxquels la chaire entend donner des réponses académiques et des conseils professionnels dans un objectif global d'amélioration de l'environnement d'affaires.

Volet 3: la réplication des fonds de couverture

Les recherches ont démontré que près de 85 % du rendement moyen des fonds de fonds de couverture est attribuable à (1) une série de primes de risque liées aux rendements de différents marchés (bêtas classiques) et à (2) l'exposition à un ensemble de facteurs de risques tels que : le risque de liquidité, les écarts de crédit, la volatilité des marchés boursiers et à certains événements corporatifs (bêtas alternatifs). Ainsi, il semble que seulement 15% du rendement moyen observé au sein des fonds de couverture est lié à la gestion active «pure». Dans ce contexte, il y a lieu de s'interroger sur la pertinence de la structure des frais de gestion et de performance très élevés (en moyenne, une structure 2%-20%). Notre hypothèse est qu'une grande portion des rendements peut être reproduite à l'aide d'instruments financiers transparents, liquides et à faible coût. Dans ce cas, il y a lieu de se demander pourquoi l'industrie accepte de payer des frais aussi élevés aux gestionnaires de fonds de couverture?

Le volet le plus important de cet axe de recherche est d'identifier des techniques peu coûteuses qui permettent de répliquer une grande partie du rendement et ce, pour plusieurs stratégies de fonds de couverture. Ensuite, en comparant les rendements après frais de ces techniques de réplication avec les rendements après frais des stratégies des fonds de couverture sous étude, nous pourrons mesurer l'ampleur des gains potentiels pour les investisseurs. L'objectif de ces travaux est de comparer le rendement net de frais des différentes stratégies, notamment celles qui utilisent des techniques de réplication à l'aide de produits liquides et transparents.

Ces techniques de réplication des rendements des fonds de couverture permettront également aux investisseurs d'effectuer une allocation passive, transparente et liquide à certaines stratégies de fonds de couverture, et ce, avec des frais moindres. Ainsi, une approche à considérer serait de limiter la structure actuelle de frais élevés des fonds de couverture uniquement là où les gestionnaires dégagent de la véritable valeur ajoutée liée à leur talent. La réplication des fonds de couverture en est encore à ses débuts et présente un terrain propice et pertinent pour la recherche en gestion de portefeuille.

L'objectif de ce volet est donc d'élaborer des modèles de réplication des rendements de fonds de couverture pour différentes stratégies, ce qui représente une alternative attrayante à l'exposition directe aux fonds de couverture. Nous proposons également de mesurer la performance de ces répliques ou fonds « clones » et d'analyser leurs risques.